Une belle réussite de François Fillon

MotoOn hésite à parler encore de cette histoire, devenue le sujet politique central pendant dix jours et qu’on va retrouver quand sera rendu le jugement en référé demandé par François Fillon. Une histoire de cornecul, comme l’a écrit un avocat célèbre, dont je ne partage pourtant pas les conclusions. Car cette affaire devrait normalement éliminer un des concurrents de la primaire présidentielle de 2016 à droite.

Que celui qui fut cinq ans premier ministre de Nicolas Sarkozy ait pu tenter de faire pression sur le pouvoir socialiste pour qu’il accélère ou intensifie les poursuites judiciaires contre l’ancien président suggère plusieurs hypothèses. Ou bien les actes reprochés à Sarkozy sont d’une gravité telle qu’ils justifient une démarche de principe, républicaine, pour s’assurer que la justice agira sans faiblir et que le coupable sera mis hors d’état de nuire. Ou bien cette affaire révèle, chez François Fillon, une volonté d’abattre l’ancien chef de l’Etat si absolue qu’elle ne s’embarrasse d’aucun scrupule. Ou bien encore elle témoigne, chez le même, d’une certaine simplicité.

Des trois convives du déjeuner du 24 juin, lequel a-t-il parlé aux journalistes ? Après que Fillon a démenti les propos qui lui étaient prêtés dans le livre Sarko s’est tuer, publié par Gérard  Davet et Fabrice Lhomme, par ailleurs journalistes au Monde, un démenti parallèle de Jouyet a amené les auteurs à faire savoir que le secrétaire général de l’Elysée était la source de leurs informations et qu’ils avaient enregistré leur entretien avec lui. Jouyet n’a plus eu d’autre choix, dès lors, que de démentir son propre démenti.

Davet et Lhomme ont raison de dire que la recherche des sources d’information des confrères est contraire à l’éthique professionnelle. Elle est tout simplement absurde, car si les personnes qui répondent aux questions des journalistes et leur lâchent des informations deviennent elles-mêmes les cibles d’enquêtes concurrentes, il n’y aura bientôt plus d’informations pour personne. La démarche de Valeurs actuelles, prenant pour objet d’enquête les sources d’information des deux journalistes du Monde et publiant ses hypothèses et soupçons, est inacceptable.

La pièce Jouyet sacrifiée

Cela étant, dans le cas du déjeuner Fillon-Jouyet, Davet et Lhomme ont alimenté eux-mêmes le débat sur leurs sources, avec des propos fluctuants. Le 10 novembre, ils parlent de Jouyet à l’AFP dans des termes supposant qu’ils ont eu affaire à lui plusieurs fois : « Il n’est pas un politique comme les autres, relèvent-ils, c’est un haut fonctionnaire, c’est quelqu’un qui a gaffé toute sa vie dès qu’il a pris la parole publiquement. Il dit des choses qu’il ne devrait pas dire. Il est très mal à l’aise avec l’univers médiatique. Quand vous avez accès à lui en tant que journaliste, c’est en général bingo à chaque fois ! » Mais le 14 novembre, interrogés par le site Arrêt sur images, ils déclarent que leur entretien avec le secrétaire général, le 20 septembre, était le premier. La contradiction n’est peut-être qu’apparente s’ils ont eu d’autres rendez-vous avec lui par la suite.

Il est peu probable, en revanche, qu’ils revoient Jouyet de sitôt. Leurs propos à son sujet, qualifiés d’« assassinat » par l’avocat de Fillon, s’apparentent en effet au sacrifice d’une pièce importante aux échecs. Quels meubles ont-ils cherché à sauver en faisant ainsi la part du feu ? Ils sont seuls à le savoir, bien sûr. De même, leurs déclarations successives sur les autres sources qui les auraient informés du fameux déjeuner – « plutôt à droite », dit Davet, « à l’Elysée » dit Lhomme, d’abord à droite puis à l’Elysée s’accordent-ils finalement – prêtent à la spéculation sans qu’on puisse rien conclure.

Restons-en là pour les sources. L’essentiel est ce qui s’est passé, le 24 juin, quand François Fillon, député (UMP) de Paris, ancien premier ministre, candidat déclaré à la primaire de la droite pour l’élection présidentielle de 2017, et Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de la présidence de la République, secrétaire d’Etat pendant un an et demi dans le gouvernement Fillon, déjeunent ensemble, chez Ledoyen, aux Champs-Elysées – autrement dit sans aucune discrétion –, en présence d’Antoine Gosset-Grainville, ancien collaborateur de l’un et de l’autre.

La version de Fillon, appuyée par Gosset-Grainville, est que l’initiative de ce déjeuner a été prise par Jouyet et qu’il n’a tenu aucun des propos que ce dernier lui a attribués dans son entretien avec les deux journalistes du Monde. Rien n’interdit de croire que le secrétaire général, nommé à ce poste en avril, ait voulu mettre à profit sa relation avec Fillon pour s’informer de l’état d’esprit de celui-ci et de la situation à l’UMP. Mais inventer de toutes pièces des déclarations de son ancien premier ministre au sujet de Sarkozy, en faire état à l’Elysée, les rapporter à des journalistes trois mois plus tard relèverait d’une manœuvre bien compliquée et périlleuse  Pour quel profit ? Couler Fillon ? La belle affaire !

La position de Bercy

Le plus vraisemblable, en laissant même de côté la question de l’initiative – mais les affirmations de Gosset-Grainville sont sur ce point, comme sur le reste, sujettes à caution –, est que le député de Paris, devenu quinze jours avant l’un des trois anciens premiers ministres dirigeant l’UMP après qu’a éclaté l’affaire Bygmalion, est décidé à utiliser toutes les armes dont il peut disposer contre Sarkozy.

Entre autres griefs contre l’ancien président, Fillon juge scandaleux que Sarkozy ait fait prendre en charge par le parti, avec appel à la générosité militante, les pénalités que lui a infligées le Conseil constitutionnel pour dépassement du plafond de dépenses autorisé dans sa campagne électorale de 2012. La faute lui incombait personnellement en tant que candidat, responsable de son compte de campagne. Or le ministère des finances a accepté cette substitution, en se fondant sur des arguments juridiques aujourd’hui contestés par les commissaires aux comptes de l’UMP. Fillon voulait s’assurer que le parquet donnerait suite à leur signalement et qu’une procédure serait ouverte. La position adoptée par Bercy l’autorisait à en douter.

Le procureur de Paris, François Molins, nommé par la droite, a fait valoir depuis qu’il avait ouvert une enquête préliminaire puis une information judiciaire, sur l’affaire des pénalités, à partir du seul signalement effectué par les commissaires aux comptes de l’UMP. Il n’a reçu aucune instruction du ministère de la justice.

Il reste à comprendre comment Fillon a pu imaginer qu’il trouverait en Hollande, par l’intermédiaire de Jouyet, un allié contre Sarkozy. Pour qu’ils aient un intérêt commun à ce que l’ancien président soit empêché par la justice de revenir dans la compétition présidentielle, il faut estimer que Sarkozy serait pour Hollande, en 2017, un adversaire plus dangereux que Fillon, par exemple.

Reconnaissons à l’ancien premier ministre d’avoir réussi, sur ce point, une démonstration parfaite.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce contenu a été publié dans Pouvoir, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Une belle réussite de François Fillon

  1. Bonjour,
    Je vous souhaite une bonne réussite.
    Bon courage et bonne chance

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *