Pschitt?

« Dans l’estomac », c’est ainsi que François Fillon a reçu la révélation des sommes qu’il a allouées à des membres de sa famille sur son budget d’assistance parlementaire, a-t-il dit. Il lui a fallu près de deux semaines pour trouver la bonne riposte. Et compter que les accusations contre lui fassent « pschitt », selon la célèbre formule de Jacques Chirac.

« Le plan B, on a vu qu’il n’y en avait pas. » C’est la principale force de François Fillon. Il y est revenu plusieurs fois au cours de sa conférence de presse, lundi 6 février. Il a insisté aussi sur le fait que, selon lui, aucun « plan B » n’était possible, car il n’est pas « le candidat d’un parti », mais celui qu’ont choisi les électeurs ayant participé à la primaire. Autrement dit, ni le conseil national, ni même le congrès des Républicains ne seraient légitimes pour le déposséder de sa candidature.

Pour qu’il ne soit plus candidat à l’élection présidentielle, il aurait donc fallu, selon lui, qu’il y renonce lui-même. Il paraît bien n’en avoir jamais eu l’intention. C’est donc la conduite adoptée au meeting de La Villette, le 29 janvier, qu’il a fait prévaloir malgré les informations publiées par Le Canard enchaîné (et par Mediapart pour ce qui concerne la caisse occulte des sénateurs UMP). Ces informations, il ne les a aucunement démenties. Il a seulement critiqué leur présentation, notamment les montants « bruts » – lesquels, pour comprendre une part de salaire indirect, n’en sont pas moins déboursés par l’employeur au profit du salarié.

Je ne sais pas ce que j’aurais fait si j’avais été parmi les journalistes présents à la conférence de presse. Sans doute, quand même, aurais-je posé une question sur le salaire perçu par Pénélope Fillon à la Revue des deux Mondes (100 000 euros en un an et demi). Il était gênant de les sentir sur la défensive, comme déstabilisés par les attaques répétées du candidat contre le « tribunal médiatique », le « lynchage médiatique ». « Vous en avez trop fait », a-t-il osé à l’adresse des journalistes en général, en répondant à Olivier Mazerolle (RTL) qui a été l’un des seuls, avec Ellen Salvi (Mediapart), à lui opposer des arguments bien ajustés.

Contre Le Pen et Macron

La page va-t-elle se tourner ? Les reproches encourus par Fillon vont-ils faire « pschitt», selon la formule par laquelle Jacques Chirac s’était débarrassé, en 2001, de l’affaire des billets d’avion payés en liquide quand il était maire de Paris ? De fait, la justice avait abandonné les poursuites. L’ancien premier ministre, qui a mis en doute la compétence du parquet national financier dans l’affaire le concernant, a dit avoir la « certitude » qu’aucune décision de justice n’interviendra d’ici à l’élection présidentielle.

Et, considérant que ses deux adversaires sont Marine Le Pen et Emmanuel Macron, eux aussi mis en cause pour l’usage qu’ils ont fait de crédits destinés à l’exercice du mandat européen pour l’une, de la fonction de ministre de l’économie pour l’autre, il estime pouvoir faire face à leurs attaques éventuelles.

Son pari est que la droite, élus et électeurs confondus, n’a pas le choix. « Il faut faire bloc », a-t-il dit à l’intention des élus d’abord, des électeurs ensuite. Ceux-ci devront se satisfaire de ses « excuses aux Français » pour n’avoir pas mesuré que ses pratiques pécuniaires de parlementaire, depuis près de trente ans, pouvaient « susciter la défiance ». Une faute mineure, tactique, si l’on comprend bien.

On va voir ce que disent, dans les prochains jours, ces sondages dont le député de Paris affirme, comme tous ses concurrents, qu’il ne s’en soucie pas. Mais il faut aujourd’hui le féliciter, et féliciter aussi sa conseillère Anne Méaux, pour avoir jugé d’abord que la droite était coincée, ensuite que la leçon de Donald Trump pouvait être appliquée à la situation qu’ils devaient affronter. En accusant la presse et on ne sait quels obscurs agents de l’ombre et du « système » de vouloir priver de leur pouvoir les électeurs de la primaire, ils ont joué une carte pour le moment gagnante.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce contenu a été publié dans Pouvoir, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Pschitt?

  1. Patrick Kéchichian dit :

    Quelques questions, non cyniques, se posent…
    François Fillon, en s’imposant largement, par son discours et sa stature (et aussi, mais secondairement, par son programme) aux primaires, auprès de l’électorat d’une droite que l’on peut dire élargie, comme le candidat le plus crédible et le plus fiable à l’élection présidentielle, en a-t-il trop fait, et surtout trop dit, sur la morale ?
    Cette morale, présentée (et reçue) comme un socle, un axe, une référence – notamment dans cette phrase inoubliable sur De Gaulle mis en examen -, oblige-t-elle absolument celui qui s’y réfère, qui la proclame et la brandit?
    Si FF avait moins insisté sur ce point, s’il avait moins solidifié ce socle éthique par son discours d’autorité, serait-il aujourd’hui dans une meilleure position?
    Mais n’est-ce pas précisément cette référence et cette insistance qui ont séduit une majorité d’électeurs (dont l’auteur de ces lignes)?
    Cette insistance, par ailleurs justifiée et vérifiable, sur “l’absence de plan B” et sur la “nécessité de faire bloc” – qui s’adresse à un électorat de droite plus étroit que celui qui l’a fait triompher aux primaires – sur quel compte doit-elle être placée? Le réalisme? la cynisme? la conscience du bien public? la soudaine relativisation de la question morale?
    Encore une soixantaine de jours pour répondre à ces interrogations? Je vous écoute, Monsieur Jarreau…

    • Patrick Jarreau dit :

      La stature en a pris un sérieux coup, non?
      Et le chantage, pour se sortir d’affaire, au risque qu’un autre ne soit battu par l’extrême droite au second tour ne la rehausse pas, la stature, si?
      Outre que rien ne prouve ce risque moindre pour lui-même.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *