Patrick Buisson en plein jour

8015403592_54dca66f8f_oSarkozy piégé par Buisson comme Liliane Bettencourt l’a été par son majordome, le parallèle invite à la gamberge. Le stratège de la droite a agi avec le président comme un domestique indélicat avec son « singe » (c’est ainsi que les employés de maison d’autrefois appelaient entre eux leurs patrons). Appuyez sur le bidule ci-dessous, vous allez apprendre plein de trucs.

Pas tout de suite. Il faut bien ménager ses effets quand on en a aussi aussi peu à sa disposition. D’abord, donc, je m’interroge sur les motivations de Patrick Buisson quand il enclenchait son enregistreur avant une réunion avec Nicolas Sarkozy ou une conversation avec un ou plusieurs de ses autres conseillers. Il aurait fait cela pour se protéger contre des accusations qui auraient pu être portées contre lui a posteriori.

Si cette explication est exacte, il avait donc l’intention de se servir de ces enregistrements en tant que de besoin – et pas seulement pour se rafraîchir la mémoire, comme l’a prétendu son avocat. Se défendre contre des accusations possibles était aussi le souci du majordome de l’héritière de L’Oréal, qui cachait un enregistreur dans la pièce où la milliardaire recevait ses hommes d’affaires. Mais comment se défend-on avec des documents volés ? En les publiant ? En menaçant de le faire ? La frontière entre la riposte et le chantage n’est pas nette.

« Strategist » ou idéologue

Politiquement, ce que ces enregistrements révèlent est clair. Buisson a un projet et il a manœuvré pour le faire avancer grâce à Sarkozy, tout en se remplissant les poches avec la vente de ses sondages. Certes, on peut estimer qu’Henri Guaino a aussi des idées et qu’il a travaillé à les faire endosser par le candidat de la droite en 2007, en rédigeant les discours de celui-ci, puis tenté – vainement – de les introduire dans l’action de ce candidat devenu président. Mais Guaino, aujourd’hui député des Yvelines, ne s’est jamais caché. Il n’a pas refusé les interviews. Il ne rencontrait pas Sarkozy avec un enregistreur dans la poche.

La démarche de Buisson est d’une autre nature. L’idéologue qu’il est se cachait derrière la façade d’un journaliste devenu politologue, expert des élections et des enquêtes d’opinion, ce que la politique américaine connaît sous le nom de strategists. Ces professionnels, qui travaillent avec des colonnes de chiffres et une calculette, vendent leurs services en fonction de leurs affinités républicaines ou démocrates, certes, mais surtout à celui qui a le plus de chances de gagner, afin de faire monter leur propre cote.

Son dessein

Buisson a emprunté cette apparence pour servir son dessein, qui est de surmonter la fracture de l’Occupation et du gouvernement de Vichy et de remettre la droite française sous l’emprise du nationalisme de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième. Comme l’a bien dit Nathalie Kosciusko-Morizet, son objectif principal n’était pas la réélection de Sarkozy, mais de « faire gagner Charles Maurras ». Et quand il a cru voir, dans la Manif pour tous, « la première manifestation de ce qu’on peut appeler un populisme chrétien », Buisson n’a fait que démarquer son maître à penser, qui se servit du catholicisme, auquel il ne croyait pas lui-même, comme d’un véhicule et d’un camouflage pour son entreprise de renversement de la République. Je me permets de renvoyer à un article antérieur sur ce blog.

Pendant que Buisson et d’autres rêvent de rééditer la supercherie maurrassienne, l’Eglise se réjouit d’un pape qui incarne et encourage un christianisme populaire. Celui-ci n’a rien à voir, mais alors rien, avec le « populisme chrétien » imaginé par certaines variétés de politiciens, dans le Sud américain de la guerre de Sécession et du siècle qui l’a suivie, et par leurs homologues fascisants ou fascistes dans l’Europe des années 1920, pour faire accepter l’injustice, la violence et l’oppression.

Occasion manquée (des nouvelles de moi)

Disant tout cela, j’espère faire comprendre ma rage d’assister à la mise au jour des agissements de Patrick Buisson sans avoir pu faire le film qu’avec mon ami Joseph Beauregard nous avions proposé, il y a un an, à France 3. Les responsables des documentaires de cette chaîne ont déclaré à notre producteur, Jean Labib (Phares & Balises), qu’il n’accepteraient de financer le film qu’à condition que Buisson y participe. Ils lui donnaient ainsi un pouvoir de veto dont il a évidemment usé pour nous balader. C’était d’autant plus malvenu que si, au contraire, nous avions commencé à tourner des témoignages, l’intéressé aurait probablement jugé qu’il avait plus intérêt à nous répondre qu’à nous boycotter.

Je n’ai décidément pas de chance avec la télévision publique, dont une autre chaîne, France 5, a bloqué un projet de documentaire sur Joseph Caillaux. Ce brillant ministre des finances, venu de la droite, a introduit en France l’impôt sur le revenu. Il était président du Parti radical quand ses ennemis, qui ne lui pardonnaient pas ses innovations fiscales, ont déclenché contre lui une campagne de presse ignoble. Sa femme a eu la mauvaise idée d’y répondre en révolvérisant le directeur du Figaro, Gaston Calmette, en mars 1914. Il n’était plus question, pour Caillaux, de devenir président du conseil après les élections du printemps, pourtant favorables à la gauche. Qui sait si, avec l’appui de Jaurès, il n’aurait pas évité la guerre comme il avait su le faire, une première fois, en 1911 ?

Et, pour finir la recension de mes mésaventures télévisuelles, le « pilote » d’une émission d’actualité à destination du jeune public, auquel j’ai participé, a été mis de côté par France 4. Les dirigeants de cette chaîne, dont mon ancien camarade du Monde Boris Razon, ont reporté sa rénovation à plus tard.

C’était la petite histoire sans importance d’un journaliste « senior » dans le paysage bousculé de l’information au début de ce siècle en France. Elle laisse du temps pour lire, écrire parfois sur ce blog et entreprendre d’autres travaux de plume, entouré de farouches montagnes. Certaines communes ne trouvent pas de candidats pour leur mairie ? Dans mon village de 850 habitants, il y aura deux listes ! J’en soutiens une et observe les deux. La politique au ras des alpages est loin d’être ennuyeuse.

 

 

 

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