Les populistes l’ont mauvaise

Marine Le Pen et les siens n’avaient pas l’air à la fête dimanche soir. Ses sourires étaient nettement moins naturels que celui de la photo ci-contre. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il avait la tête d’un croque-mort de chez Lucky Luke. Des deux côtés, on avait l’impression d’avoir afaire à des gens  qui ont raté leur coup. Voyaient-ils juste? Avaient-ils raison d’en vouloir aux électeurs?

Selon les chiffres disponibles lundi matin, Marine Le Pen a obtenu 7,6 millions de voix sur 47 millions d’électeurs inscrits et moins de 36 millions de suffrages exprimés. En 2012, elle avait obtenu 6,4 millions de voix sur 46 millions d’inscrits et moins de 36 millions de suffrages exprimés.

La participation étant plus faible cette année qu’il y a cinq ans (78,46% contre 79,48%), et le nombre de bulletins nuls plus élevé (900 000 au lieu de 700 000), on se retrouve avec le même nombre de suffrages exprimés. Naturellement, les électeurs qui ont émis un vote valable en 2012 et dimanche ne sont pas tous les mêmes.

Il reste que, dans cette partie de la population, le Front national a gagné, en cinq ans, 1,2 millions de partisans. Est-ce un succès ? Est-ce un demi-échec ?

A voir les visages des dirigeants de ce parti, dimanche soir, à la télévision, on avait l’impression que le drapeau noir flottait sur la marmite. Florian Philippot, qui n’a rien d’un joyeux drille il est vrai, paraissait habité par de sombres pressentiments. Louis Alliot, préposé d’ordinaire au rôle du bon garçon, s’énervait. Nicolas Bay passait un casting pour une nouvelle saison d’Un village français. A Hénin-Beaumont, Marine Le Pen forçait son sourire. L’humeur de Marion Maréchal-Le Pen, en revanche, n’était pas altérée. Chez Le Pen père, dans sa propriété du le parc de Montretout, à Saint-Cloud, les résultats ont été accueillis froidement, selon Le Parisien.

S’avisant peut-être eux-mêmes de l’image qu’ils donnaient, Marine Le Pen et son équipe ont organisé pour les caméras, en fin de soirée, une sarabande associant sa mère Pierrette et ses deux sœurs (Marie-Caroline, ex mégrétiste comme son mari Philippe Olivier, et Yann, mère de Marion) à une brochette de joyeux danseurs. Querelles politiques et affaires de famille sont ici indissociables.

Sarabande familiale

Alors, Marine Le Pen a-t-elle ou non réussi son premier tour ? Au regard du climat régnant dans le pays, sa progression est incontestablement une mauvaise nouvelle. Elle est arrivée en tête du scrutin dans la moitié des 96 départements métropolitains. Elle a consolidé son implantation dans les régions du Nord et de l’Est, qui souffrent encore de la désindustrialisation et de ses conséquences. Elle a confirmé les gains enregistrés en zone rurale aux européennes de 2014 et aux régionales de 2015.

Pour autant, la présidente et candidate du Front national n’a pas réussi la percée qu’elle promettait à ses partisans. Le vainqueur du premier tour n’est pas elle, mais Emmanuel Macron. Dans l’esprit de l’extrême droite française – en cela différente de partis populistes qui, ailleurs en Europe, entrent dans des coalitions, parfois les plus disparates –, aucune alliance n’est envisagée. Ne sont recherchés que des ralliements, du genre de ceux que Le Pen père avait enregistrés en 1986, faisant élire (à la proportionnelle) quelques chevaux de retour de la droite des années 1960.

L’objectif est d’atteindre une masse critique pouvant amener des élus conservateurs à changer de parti et des électeurs de droite ou, secondairement, de gauche à rejoindre le camp qui paraît en route vers la victoire. L’effet bandwagon, selon le terme américain, attire les gens, dans une parade, vers le char sur lequel est installé l’orchestre le plus bruyant et le plus entraînant. Manifestement, les dirigeants du FN estimaient, dimanche soir, que cet objectif était manqué, et la farandole d’Hénin-Beaumont n’y pouvait rien.

Tout se jouera aux législatives

Ont-ils raison d’être déçus ? Il est certain que, comparée à la performance de Jean-Luc Mélenchon à gauche, le raid lepéniste n’a pas rapporté un butin comparable. Le chef des « insoumis » était, lui aussi, mécontent de son score et paraissait vouloir se venger des électeurs en ne participant pas au front anti-Le Pen. Mais il quand même réussi à passer de 11% en 2012 à près de 20% dimanche, et contribué à faire descendre le Parti socialiste à 6%. Le FN n’a pas été capable de provoquer une progression comparable et, surtout, la droite, le parti LR, a mieux résisté que le PS.

S’agissant de l’extrême droite comme des autres acteurs politiques, on voit bien que le propre de la phase politique en cours est de faire passer la décision de la présidentielle vers les législatives, mettant en jeu ainsi la logique de la Cinquième République. C’est là que tout va se jouer pour Macron, dont le discours dimanche soir, loin d’être creux comme l’expédient certains, a indiqué qu’il commencerait dès aujourd’hui, lundi, à préparer les batailles de juin. Laurent Wauquiez a dit la même chose pour LR.

Pour le FN, il s’agit aussi de savoir s’il va être capable d’amplifier de façon significative, au second tour, son score du premier, et dans quelle mesure il va pouvoir transformer ces gains en force de frappe aux législatives. L’électorat anti-Macron pourrait préférer les candidats de l’alliance LR-UDI, qu’il connaît, à ceux du Front national, qu’ils soient habituels – et  déjà rejetés dans le passé – ou bien nouveaux.

Mais, au fond, si les dirigeants du FN et ceux de la France insoumise faisaient grise mine, dimanche soir, n’est-ce pas parce que le populisme n’a rien à faire du Parlement et des ses travaux, de ses débats, de ses délibérations, de ses alliances ni des compromis qu’on y négocie ? Le populisme aime la simplicité des élections présidentielles et des référendums là où ils sont possibles, avec leurs simplifications, leurs mystifications, leurs coups d’éclat et leurs coups de force.

Faire élire des députés, former des groupes parlementaires, gérer des ordres du jour, écouter les citoyens concernés, travailler en commission, élaborer des lois qui tiennent la route, contrôler des budgets, nouer des alliances, quel ennui pour une Le Pen ou un Mélenchon !

 

 

 

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