Le monde enchanté des gonades


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A Chambéry, mardi 11 février, quand on allait à  une conférence sur « l’égalité de genre » organisée notamment par les Associations familiales catholiques, on était accueilli par un peloton qui scandait : « ¡No Pasaran! » Cette référence cryptée à la guerre civile espagnole (1936-1939) devait être comprise comme une réponse à l’intervention d’un groupe d’identitaires qui avaient perturbé brièvement, dix jours avant, une conférence de Caroline Fourest sur ses amies les Femen. Qu’est-ce que c’est bien, la France!

Trois cent personnes ont écouté les trois conférenciers – Olivier Gosset, Patrice André et Raphaël Peuchot – exposer de quoi il est question avec le genre et quels sont les inconvénients, selon eux, des programmes et des actions pédagogiques inspirés par cette école de pensée. A l’heure des questions, trois intervenants ont regretté que des partisans du genre n’aient pas été invités à donner leur point de vue. Et puis le moment est venu de quitter la salle, obligeamment mise à disposition par la mairie socialiste – les élections approchent – après que le responsable d’une salle privée eut annulé l’accord qu’il avait d’abord donné.

Son Éminence le Grand Généticien

Ce qui est frappant, avec cette querelle du genre, c’est de constater une fois de plus que devant un problème qui met en cause notre humanité  – vous savez, les  questions de Kant : que puis-je savoir ?, que dois-je faire ?, que puis-je espérer ? –, les médias et leurs intellectuels ne connaissent que deux solutions. Je simplifie.

On commence par interroger le Grand Généticien, à qui on demande ce que disent, non pas les entrailles des poulets – nous avons évolué, n’est-ce pas, depuis les haruspices romains –, mais les chromosomes. Ou bien ce dont on parle, le sujet du moment, est inscrit dans le code génétique, ou bien non. Dans le premier cas l’affaire est réglée. Dans le second, on passe à la case Sociologue ou plus chic, Anthropologue.

Alors, si l’explication de ce qui nous intrigue n’est pas dans l’ADN, c’est qu’elle est dans la tête des gens ? Oui, oui, répond le sociologue/anthropologue. Ah !, c’est ça… Que deux et deux font quatre n’est pas dans les chromosomes, donc c’est les gens qui pensent comme ça. D’ailleurs certains pensent autrement. Au final, on n’est pas sûr. Chacun fait comme il veut. C’est mon choix, etc.

Homme et femme, c’est génétique, non ? Le Grand Généticien confirme. Mais attention, cela s’arrête à l’ovule et au spermatozoïde ! Sorti de là, ce n’est plus qu’idées, représentations, habitudes, préjugés, stéréotypes, rien que du mou et du vague, une terre glaise que l’on a modelée longtemps d’une certaine façon et à laquelle on peut décider de donner d’autres formes.

Microscope et électrodes

Le féminin et le masculin ne sont que des gonades et des images ? Quelle blague! Nous savons tous que c’est faux. N’importe lequel d’entre nous éprouve cinquante fois par jour auprès de son conjoint, dans ses échanges de travail, ses lectures, la musique qu’il écoute, ses pensées, ses souvenirs, sa réaction devant une publicité, un regard dans le bus ou le métro, que l’humanité est faite d’hommes et de femmes et qu’il n’est pas de rencontre qui ne soit de l’un ou de l’autre.

L’humanité se construit à partir de réalités qui ne sont pas des cellules observables au microscope ou des ondes mesurables avec des électrodes, et pourtant pas, non plus, des représentations produites par les rapports de forces sociaux. Cette réduction de l’humain à de l’organique et du « social » est à peu près aussi convaincante que la vulgate marxiste qui, dans mon jeune temps, voulait que rien d’autre n’existe que les rapports économiques et leurs reflets dans la conscience.

On n’apprend pas aux garçons et aux filles à se regarder, à se rechercher, à se craindre, à s’apparier ou s’opposer, à se rapprocher ou s’éviter. L’altérité sexuelle est aussi inséparable de l’existence que la mort, à ceci près qu’elle se laisse moins facilement oublier. Nous sommes constamment rappelés à cette bizarrerie qui veut que l’humain que je suis ne soit pas seul en son genre et doive compter toujours avec un humain qui est à la fois semblable et irréductiblement autre. Chacun vit cette différence comme il peut, y compris pour certains en s’en détournant. Mais chacun mesure aussi qu’il ne peut pas être tout à fait humain s’il prend le parti d’ignorer ou de chasser de sa vie cet autre qui l’empêche de jouir tranquillement de son propre reflet dans le miroir.

Féminisme?

L’altérité sexuelle ne peut pas se réduire, se dissoudre, se ramener à ceci ou cela, différence organique ou conventions sociales. Cela ne veut pas dire que la biologie compte pour rien, ni qu’il n’existe pas de contrainte sociales. Mais que la femme ne soit pas une annexe de l’homme, c’est précisément ce que le féminisme signifie en son fond. L’attitude féministe, telle qu’elle s’est affirmée avec de plus en plus de force au lendemain des révolutions américaine et française, et telle qu’on peut en reconnaître de premières manifestations aux époques antérieures, consiste à revendiquer pour les femmes la plénitude de l’humanité, à égalité avec les hommes, et la totalité des droits qui s’y attachent.

Il y a donc un paradoxe, pour ne pas dire une absurdité, dans le discours du genre qui, se réclamant du féminisme, tend à effacer la différence et à faire prévaloir une norme dont il n’est pas difficile de voir qu’elle est essentiellement masculine. L’important, en effet, dans cette pédagogie de déconstruction des stéréotypes, n’est pas tant que les petits garçons jouent à la poupée, mais que les petites filles jouent au train électrique. Il faut que les pères remplacent les mères pour que les mères puissent remplacer les pères. Il faut que les femmes se libèrent de la maternité, réduite à un événement organique secondaire, pour accéder enfin à l’empyrée de la masculinité universelle, où tout le monde ne s’occupe que de pouvoir, d’argent, de compétition et de conquêtes sexuelles.

S’opposer à la rééducation que le gouvernement et ses amis veulent imposer dans les écoles, c’est refuser d’abandonner la promesse d’humanité dont chacune et chacun d’entre nous est à la fois porteur et redevable du seul fait de sa naissance.

Les commentateurs comme les responsables politiques paraissent incapables, pour la plupart d’entre eux, de comprendre ce qui, depuis un an et demi maintenant, fait descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues. C’est triste, mais ce n’est peut-être pas très grave. L’important est que cet engagement existe, qu’il se maintienne malgré toutes les pressions et certaines trahisons, qu’il surmonte les tentatives pour le faire dévier ou pour le dénaturer, qu’il soit attentif, courageux, audacieux, imaginatif, et intraitable sur l’essentiel.

 

 

 

 

 

 

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