La révolution de 2017, acte 2

Le bouleversement politique en cours a pour point d’aboutissement les élections législatives des 11 et 18 juin. Les acteurs et les partis politiques sont mis en demeure de se déterminer pour les années qui viennent. Conditions de candidature et choix d’alliances au second tour sont au centre des discussions.

J’avais évoqué ici un moment comparable aux changements de régime du dix-neuvième siècle et particulièrement à celui de 1830. La comparaison est possible aussi  avec 1958-1962, qui vit un réalignement politique.

La différence entre ce qui se arrive maintenant et ces événements du passé est qu’on ne change pas de Constitution. C’est dans le cadre de la Ve République que les relations entre les pouvoirs – président, premier ministre, députés – se modifient. La Constitution de 1958 a tenu le choc de l’alternance en 1981, celui de la cohabitation cinq ans plus tard. Elle semble tout à fait capable de supporter une redistribution des forces partisanes et une évolution vers un régime plus parlementaire.

Macron

La question des élections législatives se pose d’abord à Emmanuel Macron à deux niveaux :

– la composition du gouvernement,

– les candidats investis par En marche ! (ou par La République en marche, nouveau nom du mouvement annoncé lundi 8 mai).

Ces deux niveaux sont évidemment liés, la présence de tel ou telle dans le gouvernement contribuant à dessiner les contours d’une éventuelle majorité parlementaire soutenant l’action du nouveau président.

Ces nominations résulteront des discussions menées par Macron et son équipe et dont on ne sait rien, en fait.

Il est possible, en revanche, de poser les termes des choix qui se présentent aux divers mouvements et acteurs politiques pour les candidatures aux élections législatives des 11 et 18 juin et pour la ligne de conduite qu’ils adopteront d’un tour à l’autre.

Absolue ou relative

Macron et les autres dirigeants d’En marche ! visent une majorité absolue de députés dans la future Assemblée nationale, mais ils savent que cet objectif est quasi impossible à atteindre. Ils ont donc un plan B, dont on peut penser qu’il est le suivant : un fort groupe de députés En marche !, appuyé par des députés réélus ou élus comme PS ou LR, mais pouvant participer à des « majorités d’idées » sur certains projets présentés par le gouvernement.

De 1988 à 1991, Michel Rocard, premier ministre, ne disposant que sur une majorité relative de députés PS, négociait au coup par coup avec les centristes, plus rarement avec les communistes, leurs votes ou leurs abstentions. Son conseiller parlementaire, Guy Carcassonne – qui nous a fait le mauvais coup de mourir il y a quatre ans – était le virtuose de ces négociations.

Elles n’aboutissaient pas toujours, et Rocard a dû recourir souvent à l’article 49, alinéa 3, de la Constitution, arme imparable puisqu’il était exclu que la droite, les centristes et les communistes s’accordent sur une motion de censure pour renverser le gouvernement.

Que peuvent faire Macron et son équipe pour qu’émerge une situation de ce genre ?

En marche !

Le président élu et ses porte-parole ont annoncé que le mouvement présentera une moitié de candidats nouveaux, issus de la « société civile », et une moitié de candidats appartenant à des partis politiques, sans qu’ils soient obligés de quitter ces partis.

Qu’en sera-t-il du MoDem de François Bayrou ? Ses candidats seront-ils décomptés comme membres d’un parti ? Ou bien seront-ils considérés comme venant de la société civile ? Ou bien se répartiront-ils entre les deux groupes et, dans ce cas, selon quels critères ?

Autres questions : dans combien de circonscriptions La République en marche (LREM) sera-t-elle représentée par un candidat MoDem ? (*) Les députés élus sous l’étiquette MoDem siègeront-ils dans le groupe LREM ou formeront-ils un groupe distinct ?

Les Républicains

La direction du parti Les Républicains a annoncé que tout député de ce parti qui rejoindrait Macron serait exclu et se verrait opposer un candidat LR. Cette règle s’appliquera-t-elle aux députés ou candidats LR soutenus par La République en marche ? Autrement dit, suffira-t-il que le mouvement de Macron ne présente pas de candidat contre un député ou un candidat LR pour que celui-ci soit exclu de son parti ?

Secondement, LR appliquera-t-il cette règle aux députés ou candidats de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), au profit de laquelle il s’est retiré de 92 circonscriptions ?

Parti socialiste

La même question se pose au Parti socialiste : soutiendra-t-il ceux de ses députés ou candidats recevant l’appui de LREM ? Ou bien leur retirera-t-il son investiture ? Cette question se pose pareillement à Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), qui a passé un accord électoral avec le PS lors du ralliement de Yannick Jadot à Benoît Hamon.

Les socialistes doivent aussi déterminer leur position vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon et de ses partisans, et réciproquement. Y aura-t-il un accord de désistement entre le PS et les Insoumis ? Ou bien seulement entre le PS et le Parti communiste ? (Dans ce cas, les Insoumis ou le Parti de gauche présenteront-ils des candidats contre ceux du PCF ?)

Le Front national toujours discriminant

Le FN entend présenter des candidats dans toutes les circonscriptions.

Il n’est pas exclu qu’il propose un accord à LR. Marine Le Pen et les autres dirigeants de ce parti ont dit ét répété qu’ils vont former la seule vraie opposition au nouveau chef de l’Etat. Proposer un accord à la droite serait, pour l’extrême droite, une façon de démontrer qu’elle est décidée à tout faire pour construire cette opposition.

Accessoirement, ce serait, pour la présidente du parti, faire un pas vers sa nièce Marion Maréchal-Le Pen et vers ceux qui plaident pour un décentrage vers la droite et l’abandon de la ligne « souverainiste » défendue par Florian Philipppot.

Il ne fait guère de doute que LR refuserait un tel accord. Le FN clamerait alors  qu’il est bien le seul opposant véritable. Localement, des échanges de bonnes manières pourraient se faire entre droite et extrême droite, comme cela fut le cas en 2012 dans le Vaucluse, département où est élue Marion Le Pen.

Le problème ne sera pas résolu pout autant.

Dans le cas de triangulaires où le candidat FN sera arrivé en tête du premier tour et celui de LR en troisième position, la droite fera-t-elle élire le FN, au second tour, en se maintenant, ou bien se retirera-t-elle en faveur du candidat macroniste ?

Et en cas de duel entre le FN et un candidat LREM, quelle position LR prendra-t-il ? Sera-ce le « ni-ni », c’est-à-dire l’abstention ou le vote blanc ? Ou bien le parti de droite appellera-t-il, ne serait-ce que localement, à battre l’extrême droite ?

Et, dans ces deux situations, que feront les centristes de l’UDI ?

La question du Front républicain ne se pose pas pour le PS, qui l’a toujours appliqué, ni pour En marche! Mais Mélenchon et ses amis ? Aideront-ils à l’élection de députés lepénistes comme ils ont contribué à faire monter Marine Le Pen le 7 mai ?

La discipline de groupe, un souvenir

Dans les diverses configurations parlementaires imaginables au lendemain des élections de juin, il est très probable que la discipline de vote des groupes deviendra un souvenir. Elle a déjà été abandonnée par les socialistes et par les écologistes sous le quinquennat de François Hollande. LR et l’UDI n’en font pas un principe comme c’était le cas à gauche, mais l’un et l’autre ont quand même pour habitude d’être soit dans la majorité, soit dans l’opposition.

Or la recomposition macronienne pourrait se traduire par des votes différenciés au sein de ces deux groupes, où la primaire de novembre, puis les péripéties de la campagne présidentielle, ont déjà creusé des divisions.

Chez les socialistes, et sans doute aussi chez les écologistes, on peut s’attendre à ce qu’une partie des députés soutienne un gouvernement nommé par Macron, tandis que d’autres le combattront. L’unité de chacune de ces formations y résistera-t-elle ? Cela dépendra de la réussite du gouvernement et donc du président.

(*) Mise à jour: selon Le Monde daté 10 mai, l’accord Macron-Bayrou prévoit qu’­« un certain nombre » de candidats pourront se présenter comme MoDem, soutenus par En marche, mais non rattachés à LREM.

 

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