Israël responsable

Israël-PalestineLes bombardements de Gaza font les délices des antisémites, qui vocifèrent leur haine et encouragent les agressions contre les juifs. Abject ? Oui. Inquiétant ? Evidemment. Mais le cœur du problème est le sort des Palestiniens, dont Israël ne peut pas s’exonérer. On ne combattra pas le « nouvel antisémitisme » en ignorant cette réalité.

Vendredi 1er août, on célébrait le soixante-dixième anniversaire du parachutage d’armes et de munitions par l’aviation américaine au col des Saisies, en Savoie, à l’intention des maquisards du Beaufortain, de Tarentaise et de Maurienne. La journée a commencé par une cérémonie œcuménique, à la chapelle des Saisies, au cours de laquelle ont pris la parole un représentant de la communauté juive, un représentant des églises protestantes et l’un des prêtres de la paroisse catholique.

Les Saisies

Pas de musulman. « Ils ont sûrement été invités », m’affirme un élu. « Ils sont difficiles à joindre », avance le protestant, qui a cité les musulmans quand,  dans son discours, il a parlé de l’unité nationale. La Savoie et la Haute-Savoie comptent une population musulmane importante, avec des mosquées et des lieux de culte à Chambéry, Albertville, Annecy, Aix-les Bains, Saint-Jean-de-Maurienne et dans bien d’autres communes. Par ailleurs, chacun connaît la forte présence de troupes musulmanes parmi les forces françaises qui ont combattu l’Allemagne nazie, en Italie, en France, en Allemagne même.

Le fonctionnaire du secrétariat aux anciens combattants, qui a organisé toute la célébration, m’explique que la cérémonie œcuménique était composée selon les appartenances religieuses des sept fusiliers marins américains qui ont sauté sur le col des Saisies (et dont l’un s’est écrasé au sol parce que son parachute s’est mis en torche). Il n’y avait pas de musulman parmi eux.

Admettons. Un autre élu, centriste de l’UDI, auquel  je fais part de mon étonnement et de ma déception, abonde dans mon sens. « Surtout en ce moment », car il déplore la façon dont le gouvernement a réagi aux manifestations de protestation contre les bombardements de Gaza. « On a stigmatisé une population », dit-il, quand on a désigné les Français solidaires des Palestiniens et, particulièrement, les musulmans comme suspects de pactiser avec l’islamisme et d’obéir à des motivations antisémites. Les groupes antisémites qui se sont introduits dans ces manifestations les ont polluées, mais n’en ont pas perverti le sens.

Disproportion

Ce qui se passe à Gaza est insupportable. Les protestations qui s’élèvent de tous côtés sont justifiées, et il est heureux qu’elles s’expriment avec force. La plupart des médias et, naturellement, la totalité de ceux qui clament leur indignation devant ces événements en imputent toute la responsabilité à Israël. Or cette responsabilité est partagée. Le Hamas, qui tient Gaza sous sa férule, utilise ce territoire et sa population pour faire la guerre aux Israéliens, son objectif clairement affirmé étant la destruction de l’Etat juif.

Mais cette réalité ne justifie pas les moyens utilisés par Israël pour répondre à la menace que fait peser sur lui le Hamas. Il est vrai que celui-ci se sert de façon révoltante de la population, à la fois comme « bouclier humain », derrière lequel il cache ses dirigeants et ses armes, et comme argument de propagande quand les frappes font des victimes civiles. Néanmoins, le gouvernement et l’armée israéliens ne peuvent pas passer outre. Ce sont eux qui provoquent les morts et les blessés dans les bâtiments qu’ils bombardent ou à leurs abords. La disproportion entre l’agression que constituent les tirs de missiles du Hamas et la dévastation que produisent les bombardements israéliens rend ceux-ci inacceptables.

Cette responsabilité directe, immédiate, est liée à celle qui incombe à Israël dans la situation des Palestiniens. Il y a lieu, certes, de critiquer  la politique menée par les dirigeants palestiniens et de condamner particulièrement celle du Hamas, financée par ses soutiens dans cette région du monde et approuvée par ses partisans ailleurs. Mais la condition faite aux habitants de Gaza est insupportable.

Laissons de côté, un instant, l’obstination d’une partie des Palestiniens et d’un grand nombre de musulmans à refuser aux juifs le droit à un Etat sur la terre de leurs ancêtres. Combien de Palestiniens partagent ce refus ? On ne peut pas le savoir. On sait, en tout cas, que nombre d’entre eux soutiennent toujours l’Autorité palestinienne, dont l’existence est fondée, au contraire, sur le principe de deux Etats et donc sur la reconnaissance de la légitimité d’Israël.

Le mur et les bombes

Un Palestinien, aujourd’hui, que ce soit en Cisjordanie ou à Gaza, de quoi sa vie est-elle faite ? Que peut-il espérer ? Israël n’est certes pas seul à devoir répondre à cette question, mais il ne peut pas s’en décharger. Sa politique vis-à-vis des Arabes de Palestine ne peut pas se réduire, d’un côté, au mur qu’il a construit en Cisjordanie et, de l’autre, aux bombes sur Gaza.

L’exploitation du conflit israélo-palestinien par les antisémites est ignoble, comme l’est l’exploitation de l’antisémitisme par une partie des Palestiniens et par ceux qui, dans les pays musulmans et dans les populations  musulmanes d’Europe, d’Afrique et d’Asie et d’Amérique du Nord, se proclament leurs amis. Mais le renouveau de l’antisémitisme dans les générations d’aujourd’hui ne peut pas être invoqué en retour par Israël pour justifier son attitude. Cet Etat, conçu pour offrir un refuge aux juifs persécutés dans l’Europe chrétienne et opprimés dans l’Orient musulman, fournit à présent, par sa politique, un prétexte à l’antisémitisme.

Considérant les événements de Syrie, d’Irak, de Libye, les tensions au Liban, le retour de l’armée au pouvoir en Egypte, Israël, par comparaison, peut se prévaloir d’un régime démocratique, où la séparation des pouvoirs est établie, où l’autorité judiciaire démontre une réelle indépendance, où la presse, les médias audiovisuels et l’édition sont libres et d’orientations diverses. D’ailleurs, les manifestations anti-israéliennes ne seraient pas aussi fréquentes et suivies si ceux qui y participent ne pensaient pas que la pression de l’opinion peut finir par avoir, directement ou indirectement, un effet sur le gouvernement israélien. Personne ne manifeste contre le régime syrien ni contre les mouvements djihadistes, que l’horreur qu’ils provoquent dans le monde ne gêne en rien.

Mais cette proximité d’Israël avec les sociétés occidentales, et la haine dans laquelle les réunissent les pouvoirs et les mouvements inspirés par l’islamisme, ne peut pas éclipser la question palestinienne. Il incombe à l’Etat juif de s’en reconnaître responsable et d’y proposer des réponses recevables, sauf à continuer de donner des armes à ses plus méprisables adversaires.

 

 

 

 

 

 

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