Impopulaire? Quelle surprise!

7174043798_87747bebd9_oNous y voilà, dirait-on. Il me semble que le « poids lourd » socialiste qui, anonymement, dans Le Monde, émet l’idée que nous vivons le grand rendez-vous des problèmes non résolus ou mal résolus depuis quarante ans n’a pas tort. Arnaud Montebourg a dit à peu près la même chose sur France-Inter. Que le pouvoir soit impopulaire ne peut étonner que les hypocrites.

Je ne sais pas si le président de la République s’y attendait. On peut voir son attitude comme hésitante, indécise, dilatoire, au coup par coup, ne sachant pas où il va. C’est peut-être la vérité. J’en doute. Pour le connaître un peu, je le sais extrêmement intelligent . Il n’a pas beaucoup de convictions, mais François Mitterrand, dont il a beaucoup appris – sinon tout –, disait qu’il faut en avoir deux ou trois dont on ne dévie jamais et, pour le reste, s’adapter. Les idées-forces d’Hollande ? La République, l’Europe, le réalisme économique. Pour le reste, rien n’interdit de manœuvrer, de ruser, de cacher son jeu, de louvoyer, voire de tricher.

Manque de chaleur

Je sais bien qu’il y a un côté sombre du personnage. Cet homme qu’on nous a souvent présenté comme un bon copain est un solitaire. Mitterrand avait des amis, auxquels il ne disait pas tout, bien sûr, mais avec lesquels il partageait quelque chose de lui-même. Hollande, pas sûr. Il est sympathique, direct, simple, toujours vif, aussi drôle que possible – en ce moment pas très, à mon avis –, mais secret. Je ne sais pas s’il parle franchement avec quiconque de la situation, de sa situation. Michel Sapin ? Jean-Pierre Jouyet ? Bernard Poignant ? Stéphane Le Foll ? Bruno Le Roux ? Manuel Valls ? Peut-être.

Pardon pour les références au passé, mais on n’a pas grand-chose d’autre pour se repérer. Quand Mitterrand a dû faire face à un pays en révolte, en 1984, il était seul, certes, parce que c’est comme ça, mais il était entouré de gens solides, avec lesquels il pouvait élaborer une ligne de conduite et sur lesquels il pouvait s’appuyer, y compris quand ils n’étaient pas d’accord. Par exemple, Lionel Jospin pensait que le projet de loi Savary sur l’école était une bêtise mais, premier secrétaire du PS, il a fait son boulot comme s’il y croyait. A Matignon, Pierre Mauroy n’en pouvait plus, mais il tenait bon, d’abord parce que le choix de la « rigueur », l’année d’avant, était le sien, ensuite par fidélité à la gauche, enfin parce qu’il faisait profondément confiance à Mitterrand.

Il y avait Pierre Bérégovoy, Pierre Joxe, Edith Cresson, Roland Dumas, Jacques Attali, Jean-Louis Bianco, Michel Charasse, qui ne s’aimaient pas forcément les uns les autres, mais qui étaient liés à Mitterrand, s’étaient battus avec lui et pour lui, et le pensaient capable de s’en sortir. Hollande a-t-il leur équivalent autour de lui ? Inspire-t-il les mêmes fidélités et la même confiance ? Je ne sais pas.

Il n’est pas impossible qu’il soit victime de ses méthodes, de sa façon de faire, de son comportement dans la vie politique, pas si différente que cela de la vie tout court. C’est ce que Jean-Luc Mélenchon lui reproche. L’ancien sénateur socialiste a conçu un rejet de la personne même de celui qui fut dix ans durant le chef de son parti. Parmi les socialistes ayant eu des responsabilités ces dernières années, les rancunes personnelles ne sont pas rares. Ce manque de chaleur, autour de lui, a sa part dans les difficultés de Hollande.

Il n’est pas sans importance que le président ait des interlocuteurs qui lui parlent « cash », comme dirait l’autre, qui lui fournissent des éléments pour comprendre ce qui se passe, pour confirmer ou contredire ses propres intuitions, pour élaborer une stratégie, puis pour la mettre en œuvre. De tels amis ou alliés peuvent aussi devenir porteurs de messages, expliquer la démarche aux députés, aux journalistes, aux syndicalistes, aux patrons capables d’écouter (pour ce qui est de ceux-ci, il semble que le président s’en occupe lui-même). Aujourd’hui, on ne voit pas de tels signaux. L’Elysée paraît muet et désemparé, Matignon aussi, Solférino est à l’Ouest. Les journalistes les mieux connectés, les plus attentifs, les plus perspicaces manquent à l’évidence de grain à moudre.

A la manœuvre, bien sûr

Mais bon, Hollande est remarquablement intelligent et il a un sens politique aiguisé. L’habileté politique, qu’il a pu pousser jusqu’à la caricature, est peut-être un défaut, mais c’est d’abord et avant tout sa force. Je n’arrive pas à me le représenter en chien crevé au fil de l’eau. Donc il agit, à sa manière, avec souplesse, tentant des trucs, se taisant quand il n’a rien à dire, parlant malgré tout quand son camp le réclame, parant au plus pressé, reculant s’il ne peut pas faite autrement, lâchant du lest pour rester en vol, cherchant à contrôler ce qui peut l’être, laissant faire ce qui ne peut être empêché, profitant de la popularité de Valls d’un côté, regardant, de l’autre, Christiane Taubira se planter avec sa réforme pénale ou Vincent Peillon avec ses rythmes scolaires.

Que sa majorité parlementaire grince, il ne pouvait pas ne pas s’y attendre. Que Jean-Marc Ayrault ne rayonne pas beaucoup, il le savait (est-ce pour cela qu’il l’a choisi ?, je ne crois pas). Que Pierre Moscovici paraisse plus dilettante qu’il ne l’est réellement, il ne le découvre pas. Le trio Montebourg-Peillon-Hamon, il l’a pratiqué pendant quinze ans au PS. Il les connaît par cœur, ces trois-là, et ne les tient pas en très haute estime, pour rester poli, avec une nuance favorable pour Benoît Hamon. Ses appuis s’appellent Michel Sapin, Jean-Yves le Drian, Stéphane Le Foll, qui sont à lui, plus des compétences et des loyautés irréprochables chez des gens qui ne l’avaient pas soutenu dans le passé : Laurent Fabius, Marylise Lebranchu, Bernard Cazeneuve, Najat Vallaud-Belkacem, Marisol Touraine.

A l’inverse de Sarkozy, il a commencé par augmenter les impôts avant de réduire la dépense publique. C’était opportun, compte tenu du climat légué par le quinquennat précédent. Il a attendu le rapport Gallois pour alléger les charges des entreprises. Cris à gauche de la gauche, comme on dit, mais le crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi se fait. S & P’s dégrade la dette française ? Personne n’y croit et, même, les taux d’emprunt baissent. Cette histoire, avec l’aide de Paul Krugman, tourne presque au succès pour le président et le gouvernement. Barroso lui-même, porte-voix empressé de la droite européenne, convient qu’il n’y a rien à redire à la politique budgétaire de la France.

L’heure des comptes

Alors, oui, ça coince un peu partout. L’agro-alimentaire breton souffre, mais enfin ces entreprises savaient bien que le régime de faveur des exportations de porc et de poulet prenait fin. La Redoute licencie, c’est douloureux, mais le commerce en ligne est devenu une activité hyper concurrentielle. L’écotaxe change la donne pour les transports, mais c’est bien pour cela qu’elle a été conçue, non ? Il faut réduire le déficit de l’assurance-maladie comme celui de l’Etat : ne le sait-on pas depuis très, très longtemps ? La TVA va augmenter en janvier, mais, comme la température monte, les commerçants-artisans tentent leur chance.

Henri_Queuille_1929

C’est la facture de la méthode Henri Queuille (1884-1970). Cet homme politique des IIIe  et IVe Républiques, ministre je ne sais combien de fois, surtout de l’agriculture, et même président du conseil, était élu en Corrèze, dont il présida le conseil général. Il accompagna les premiers pas parlementaires de Mitterrand, en 1946, et ceux de Jacques Chirac vingt ans plus tard. Hollande avait un buste de lui dans son bureau à Tulle. La maxime favorite du bonhomme était : « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. » Elle a inspiré pas mal de non-décisions, qui finissent par coûter cher.

Faut-il donc s’étonner que le peuple se paie les politiques dans les sondages ? Il ne va quand même pas les féliciter ! Sans même parler des « affaires » – Cahuzac et autres –, on ne va pas les remercier de l’état dans lequel ils ont mis ou laissé mettre le pays et de la purge que nous sommes contraints d’avaler. En outre, je ne vois pas comment un gouvernement menant la politique actuelle, à laquelle il est impossible d’échapper plus longtemps, pourrait être populaire. L’impopularité du président et du gouvernement donne de quoi faire aux médias (jusqu’aux plus infimes), mais les conseils qui leur sont prodigués relèvent du bavardage.

De deux choses l’une : ou bien la politique menée réussit, la croissance repart, le chômage diminue, et Hollande sera aussi célébré demain qu’il est critiqué aujourd’hui ; ou bien cette politique échoue, et il est probable qu’on plongera alors dans une crise européenne dont nul ne sait ce qui peut sortir.

 

 

 

 

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