Hulot guerrier récalcitrant

hqdefaultIl fallait entendre, ce mercredi matin, sur France Inter, Nicolas Hulot expliquer sa décision de ne pas être candidat à l’élection présidentielle. Une telle parole sur le combat politique en France aujourd’hui est rare, et même unique.

Hulot met en cause, en fait, le système présidentiel, qui substitue l’engagement derrière un homme à l’adhésion à un programme politique. Il appartient au candidat de favoriser la cristallisation sur sa personne des désirs, aspirations, craintes, attachements, lubies et fétichismes des électeurs qu’il s’agit de gagner. Dans le cas de la possible candidature de Hulot, cette personnalisation était poussée à l’extrême. Il s’est rendu compte qu’il était l’objet d’une entreprise de fabrication d’un candidat, pour l’essentiel spontanée, bien intentionnée, sympathique. Il était prié et presque tenu d’y consentir et d’en prendre la direction.

On voulait qu’il y aille pour porter le souci de la planète et l’urgence des réformes sans lesquelles l’avenir des hommes est incertain. Mais si cette préoccupation-là habite une famille de pensée, prête à agir autour d’un candidat l’exprimant de la façon la plus authentique et incontestable, les partisans d’une candidature Hulot n’avaient pas tous une motivation écologique aussi forte.

Il y avait aussi bien des cadres et militants du parti écologiste, tout occupés de leurs querelles de pouvoir et d’intérêt, et tout prêts à plébisciter un symbole pour éviter d’avoir à choisir entre Cécile Duflot, Yannick Jadot, etc. Enfin pas sûr, d’ailleurs. On a vu comment Hulot a été traité, en 2011, dans ce parti qui prétend faire de la politique « autrement ».

Hulot était souhaité aussi par des électeurs de gauche décidés à ne plus voter pour François Hollande, ni parfois pour aucun socialiste, sans pour autant être attirés par Jean-Luc Mélenchon ou par Philippe Poutou. L’éminent combattant de l’environnement suscitait un possible vote refuge, tel que les écologistes en ont bénéficié dans des élections moins importantes. Il pouvait même espérer des suffrages du même genre au centre, voire à droite, selon la configuration qui sortirait de la primaire de novembre.

Existaient aussi des motifs moins rationnels, comme Hulot le relève lui-même. Sa candidature apparaissait à ceux qu’elle séduisait comme une sorte de lessive politique, la possibilité de choisir un champion propre et de dire ainsi leur fait à tous les autres, un bain de jouvence républicain. La déception provoquée par son renoncement est à la mesure des attentes qu’il avait fait naître quand il avait indiqué qu’il réfléchissait à l’hypothèse de se porter candidat.

«Seul devant»

« J’étais seul devant », a-t-il dit, sur France Inter. Il ne se voyait pas affronter les exigences et les risques d’une campagne présidentielle sans alliés solides et déterminés, capables de prendre efficacement leur part de ce combat. Car il n’était plus question d’une sympathique et inoffensive candidature « de témoignage ». Les sondages indiquaient qu’Hulot pourrait enlever de gros paquets de voix aux autres candidats, lesquels ne se laisseraient pas faire. La bataille serait rude.

A-t-il eu peur pour lui-même ? C’est possible. Il a craint, en tout cas, de ne pas y arriver et d’entraîner ainsi ses partisans dans une aventure qui dépassait ses moyens.

Sa décision rappelle celle de Jacques Delors en 1994. Dans un contexte différent, l’ancien président de la Commission européenne avait jugé qu’il n’avait pas les alliés nécessaires pour que le changement qu’il représentait, populaire dans les sondages, eût quelque chance de succès.

Est-ce la faute des élus, des dirigeants politiques, si la candidature de Delors hier et celle d’Hulot aujourd’hui sont restées des mirages ? Certes, mais il existe aussi et d’abord des électeurs, des citoyens qui ne veulent ou ne peuvent mettre en question leur façon de vivre et de consommer, ou qu’enivre la passion de « l’identité », ou chez qui la crainte de perdre leur emploi occulte toute autre préoccupation, ou pour qui la violence intérieure et extérieure est la priorité absolue.

Parmi tous ceux-là – parmi nous tous –, beaucoup peuvent rêver de ce qu’Hulot annonce ou symbolise. Les politiques savent eux, que le rêve est une chose et que le vote en est une autre.

 

 

 

 

 

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