Dernières nouvelles de la droite et de la démocratie en France

la_tour_le_tricheur_louvre_rf1972-8Il faut lire et relire l’article du Monde dans lequel Jean-François Copé donne sa version de ce qu’on continue d’appeler à tort l’affaire Bygmalion, en réalité celle des dépenses ordonnées par Nicolas Sarkozy pour sa campagne électorale en 2012. Appuyé par celui de Franck Attal, organisateur des meetings de Sarkozy, sur France 2, jeudi soir, le témoignage de Copé est dévastateur.

Craignant peut-être de lasser le public, qu’ils ont gavé du sujet Sarkozy depuis le début de la semaine, les médias ont ignoré les nouveaux  développements du scandale de la campagne de l’ancien chef de l’Etat en 2012. Ces développements apportent pourtant des informations sur l’état de la droite à quelques mois de son probable retour au pouvoir. Ils fournissent des clés pour comprendre ce qui s’est passé, depuis quatre ans, dans ce camp politique. Ils aggravent l’inquiétude qu’inspire le fonctionnement de la démocratie en France.

le-point

Résumons : en février 2014, Le Point publie un article accusant Jean-François Copé, alors président de l’UMP, d’avoir patronné un système de fausses factures au profit d’une entreprise dirigée par deux de ses anciens collaborateurs pendant la campagne présidentielle de 2012. Ces accusations vont obliger le député de Seine-et-Marne à quitter la présidence du parti, à laquelle il a été élu dans des conditions suspectes, fin 2012, contre François Fillon.

Peu avant la démission de Copé, l’avocat des dirigeants de Bygmalion, Me Patrick Maisonneuve, a affirmé que les surfacturations de prestations à l’UMP avaient servi en fait à dissimuler des dépenses de la campagne électorale de Sarkozy. Ces dépenses étant soumises à un plafonnement, il avait été décidé de recourir à un subterfuge pour dépasser le montant autorisé sans exposer le candidat à une condamnation pour infraction aux lois sur le financement de la vie politique.

L’enquête menée par les juges d’instruction du pôle financier du tribunal de Paris a établi qu’il s’agissait bien, en effet, d’une falsification des comptes de campagne. Le 30 août dernier, dans un réquisitoire devenu public quelques jours plus tard, le parquet a demandé le renvoi devant un tribunal des quatorze personnes mises en examen dans cette affaire, dont Sarkozy pour « financement illégal de campagne électorale ». Ce délit est passible d’un an de prison et 3 750 euros d’amende, assortis de  trois ans d’inéligibilité.

Que dit Copé aujourd’hui ? Que l’accusation formulée contre lui s’est révélée dépourvue de tout fondement. Les journalistes du Monde, Gerard Davet et Fabrice Lhomme, confirment, dans leur article, que l’enquête policière (assurée par l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales) a lavé l’ancien secrétaire général de l’UMP du soupçon d’avoir bénéficié  des fausses factures Bygmalion.

Le député de Seine-et-Marne affirme ensuite qu’il n’était pas au courant du système mis en place pour financer les dépenses excédant le plafond autorisé, à partir de mars 2012, sans les faire figurer au compte de campagne. Copé rappelle qu’il n’avait pas la signature sur les engagements de dépense de l’UMP.

Au cours d’« Envoyé spécial », jeudi soir (à 1:24:30), Franck Attal, ancien responsable d’Event & Compagnie – filiale « événementielle » de Bygmalion – a indiqué que la consigne d’établir de fausses factures lui avait été donnée par Jérôme Lavrilleux, directeur adjoint de la campagne de Sarkozy. Dans la même émission, Lavrilleux a de nouveau contredit Attal sur ce point, mais de nouveau affirmé avoir tenu Copé, son patron à l’UMP et à la mairie de Meaux, à l’écart des problèmes de financement de la campagne et de la méthode adoptée pour les résoudre.

Selon Le Monde, c’est Attal qui a informé Copé deux ans plus tard. Le député de Seine-et-Marne dit avoir alors interrogé Sarkozy et s’être trouvé devant « un mur de silence ». Une semaine après, le bureau politique de l’UMP l’oblige à donner sa démission de la présidence du parti. Mais, en février dernier, après cinq heures d’audition par les juges, Copé est sorti du pôle financier sans être mis en examen.

Aujourd’hui candidat à la primaire de la droite et du centre, le député de Seine-et-Marne a besoin de se faire remarquer, ce qui explique sans doute ses propos acerbes. Mais l’affaire de la campagne de Sarkozy en 2012 n’en met pas moins au jour des faits accablants.

1) L’ampleur de la fraude

Alors que la limite des dépenses autorisées pour les candidats atteignant le second tour de l’élection présidentielle était, en 2012, de 22,509 millions d’euros, celles de campagne de Sarkozy se sont montées à 40 millions, voire 50 millions d’euros. Le responsable de cette violation éhontée du code électoral est le candidat, qui a ordonné la multiplication des meetings.

2) Le fait que cette fraude n’a pas été détectée

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a rejeté le compte de campagne de Sarkozy, en décembre 2012, pour un dépassement de 363 615 euros. Cette décision, confirmée par le Conseil constitutionnel en juillet 2013, l’a certes privé du remboursement de la moitié des dépenses autorisées, soit environ 11 millions, somme prise en charge par l’UMP, qui a fait appel à la générosité de ses militants et sympathisants. Les dons à un parti politique ouvrant droit à une réduction d’impôt, on peut considérer qu’une partie des fonds reçus par l’UMP a été acquittée par la collectivité.

Mais la commission n’a pas soupçonné le véritable dépassement des dépenses, entre six et dix fois supérieur à celui qu’elle a repéré. Selon Mediapart, François Logerot, magistrat de la Cour des comptes qui préside la commission, a déclaré : « C’est effrayant ! » quand les juges, l’entendant comme témoin, lui ont indiqué les montants réels de tel ou tel poste de dépense.

3) Financements sans contrôle

Que les enquêteurs de la commission, qui ont pourtant adressé à Sarkozy et à son mandataire de nombreuses questions et réintégré dans son compte de campagne des sommes qui n’y apparaissaient pas, aient pu ne pas voir que les meetings, les transports, les sondages, les salaires atteignaient des millions et des millions d’euros au-dessus de ce qui était déclaré, est renversant. Quelle confiance le citoyen peut-il avoir dans les moyens de contrôle des financements politiques, qui reposent, en France, sur une dotation publique imposant le respect de règles strictes quant aux apports privés et aux dépenses ?

Quand la loi est violée de façon si flagrante, il y a tout lieu de craindre qu’elle ne soit aussi tournée par le recours à l’argent liquide, dont la provenance et les contreparties auxquelles il peut donner lieu sont évidemment suspectes. Les documents libyens révélés par Mediapart pour la campagne de Sarkozy en 2007 trouvent là une menaçante vraisemblance.

4) Manipulation

Que dire, enfin, de la manipulation dont Le Point  a été l’objet et qui lui a valu d’ailleurs d’être condamné pour diffamation, sur plainte de Copé, il y a trois semaines ? L’hebdomadaire a annoncé l’intention de faire appel. Commentaire, dans Le Monde, de Franz-Olivier Giesbert, alors directeur : « C’est vrai qu’il y a un écart entre le point de départ de l’affaire et son point d’arrivée. A l’époque, j’étais en partance du journal, j’expédiais les affaires courantes et, par ailleurs, ce n’est pas moi qui ai fait l’enquête journalistique. » La classe !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce contenu a été publié dans Douce France, Pouvoir, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Dernières nouvelles de la droite et de la démocratie en France

  1. dominique merlen dit :

    à ce que je vois tu es aussi langue de vipère que les autres journalistes de gôche, soit une écrasante majorité.
    Et si on parlait un jour de “tartemolle”?

    dominique

    • Patrick Jarreau dit :

      Merci pour ta lecture, Dominique.
      Les journalistes sont en majorité de gauche, en effet. C’est un métier qui attire moins à droite. Je me suis souvent demandé pourquoi, sans trouver de réponse vraiment satisfaisante. Que dirais-tu de celle-ci? L’information (la vraie, pas la propagande ni la communication) s’obtient toujours contre le pouvoir ou les pouvoirs. Or le tempérament de droite est plutôt enclin à respecter le pouvoir.
      Cela dit, l’affaire du financement de la campagne de Sarkozy en 2012 est énorme. J’ai eu à travailler sur les modes de financement de la vie politique, question névralgique dans toute démocratie. Le système mis en place en France – plafonnement des dépenses, prohibition des moyens les plus coûteux que sont la publicité télévisée et l’affichage commercial, encadrement des dons, dotation publique, le tout soumis au contrôle d’une juridiction indépendante – me paraissait le plus sain. Sarkozy l’a bafoué et ridiculisé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *