Delevoye, un vieux qui fait du neuf

L’examen des 450 candidatures que La République en marche doit rendre publiques aujourd’hui permettra de se faire une idée des objectifs politiques du président élu et de ceux qui le suivent. L’étude des 127 circonscriptions qu’ils ont mises en attente pourrait bien être aussi instructive.

Jean-Paul Delevoye, artisan de ces candidatures, n’at-il pas bien des atouts pour devenir le premier premier ministre du président Macron? Ancien sénateur chiraquien, ancien Médiateur, ancien président du Conseil économique, social et environnemental, ancien tout court, c’est l’homme de la situation.

LRM – puisque tel semble être l’acronyme retenu pour ce nouveau parti – a précisé qu’elle ne soutiendra que des candidats inscrits en préfecture sous cette étiquette et qu’il y en aura dans toutes les circonscriptions.  Autrement dit, ou bien vous avez rempli une demande pour devenir candidat LRM et, si vous êtes sélectionné, vous devez déposer votre candidature en préfecture sous cette étiquette. Sinon, quelles que soient vos déclarations ou vos intentions, vous aurez un adversaire LRM.

Seul le MoDem de François Bayrou pourra présenter sous sa propre étiquette des candidats qui auront le soutien de LRM. En revanche, il n’y aura pas une seule circonscription où un candidat PS, ou UDI, ou LR ne se verra pas opposer un concurrent LRM.

De leur côté, le PS, LR et l’UDI ont indiqué qu’ils présenteront un candidat contre tout candidat ayant l’étiquette LRM.

S’opposer aujourd’hui, coopérer demain?

Cette position est solidement établie dans la droite, qui estime avoir intérêt à rester soudée pour les élections législatives. L’UDI, remarquablement silencieuse ces temps-ci, suit le mouvement. Il est vrai que la passivité intéressée est la définition même de ce centrisme-là depuis l’époque lointaine où il allait négocier des circonscriptions avec le parti gaulliste aux petites heures de l’aube après un premier tour calamiteux. Jean-Louis Borloo a remis son téléphone en mode avion.

Il semble toutefois que les dirigeants de LR aient jugé prudent de rassurer ceux qui, dans ce parti, juppéistes comme… Alain Juppé ou ex sarkozystes comme Christian Estrosi, ne veulent pas se retrouver sous la coupe des Laurent Wauquiez, Eric Ciotti et autres grands élus soucieux de coller à la partie lepénisée de leurs électorats.

La ligne officielle est ainsi que l’on s’oppose aujourd’hui pour coopérer demain. Les promesses, comme on sait, n’engagent que ceux qui les reçoivent, mais il est significatif que ceux qui tiennent aujourd’hui les commandes de LR – François Baroin, Bernard Accoyer, sans doute Nicolas Sarkozy en arrière-plan – se soucient de faire droit aux élus et aux électeurs désireux d’explorer le terrain d’entente que Macron propose sur sa droite et sur sa gauche. Ils se rendent compte que faire campagne sur le thème : « Empêchons le nouveau président de gouverner ! » pourrait pousser nombre de leurs partisans vers l’abstention, voire vers le vote pour ceux qui proposent, au contraire, de lui permettre de le faire.

Décomposition sans fin à gauche

La ligne dure adoptée, aussi, par le Parti socialiste se nuance de fortes réserves exprimées singulièrement par Bernard Cazeneuve, ci-devant premier ministre, chargé d’expédier les affaires courantes pour quelques jours encore et censé conduire, ensuite, la campagne du PS pour les législatives. C’est quand même un problème.

La réalité politique dominante aujourd’hui est bien la décomposition de la gauche, qui semble ne pas avoir de fin. Les dernières initiatives dans cette direction sont :

– l’ouverture d’une procédure d’exclusion du PS contre Manuel Valls, qui avait engagé lui-même ce scénario en annonçant, mardi, son souhait d’être candidat aux élections législatives sous l’étiquette REM (après avoir voté pour Macron dès le premier tour de la présidentielle) ;

– l’annonce par Benoît Hamon, dont le PS a écarté le programme, de la formation de son propre mouvement en juillet ;

une tribune signée notamment par Anne Hidalgo, maire de Paris, Martine Aubry, maire de Lille, et Christiane Taubira, ancienne ministre, pour la création d’un mouvement européen, écologiste et antilibéral.

Hors du PS, la rupture est consommée entre la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et le Parti communiste que dirige Pierre Laurent. La FI présentera des candidats contre ceux du PCF. Mélenchon veut que son propre parti engrange les profits électoraux de son score au premier tour de la présidentielle, à la fois en nombre de députés dans la future Assemblée nationale et en parts de la dotation publique attribuée aux partis selon ce critère. Sans doute le vieux trotskiste qui subsiste en lui rêve-t-il de tordre le cou des derniers staliniens avec la corde qu’ils lui ont offerte en le soutenant il y a cinq ans.

Mais l’aigreur du caudillo de l’Essonne s’anime surtout contre le Parti socialiste, où il a fait carrière pendant tant d’années. Ainsi entreprend-il d’enlever à Patrick Mennucci, député PS sortant, une circonscription de tout repos au centre de Marseille.

La décomposition accélérée de la gauche – ou, plus précisément, du dispositif installé dans les années 1970 autour du PS – encourage la droite à rester soudée. L’émergence du macronisme témoigne que la phase historique actuelle tourne un nombre important de citoyens vers des politiques que défend la droite et que la gauche combat. Le relatif insuccès du FN montre aussi que sa proposition de rupture avec l’économie de marché et l’Union européenne a fait fuir beaucoup des électeurs qu’il tentait d’attirer.

Le choix du premier ministre

Si j’étais Emmanuel Macron – remonte alors un écho de la sensation que j’éprouvais à huit ans en m’imaginant Just Fontaine –, je nommerais premier ministre Jean-Paul Delevoye. La tâche de ce premier ministre sera en effet de diriger la campagne des législatives. Qui peut le faire mieux que lui, qui a présidé la commission chargée de désigner les candidats LRM et qui les connaît donc, ainsi que les circonscriptions dans lesquelles ils se présentent ?

Ensuite, cet ancien sénateur chiraquien du Pas-de-Calais, ancien maire de Bapaume, ancien ministre, ancien président de l’Association des maires de France, s’est toujours situé dans la veine sociale du gaullisme. Il a présidé le Conseil économique, social et environnemental et connaît bien les organisations syndicales et professionnelles. Comme Médiateur de la République, il avait publié des rapports annuels diagnostiquant le malaise des Français souffrant des mutations techniques et économiques, de l’ouverture de la société, de la mondialisation.

Certes, il a 70 ans, mais la solidité des paysans artésiens et le calme des vieilles troupes. A eux deux, ils auraient une moyenne d’âge de 54 ans et demi.

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