Alerte rouge chez les pompiers

N6927370_JPEG_1_1DMLes pompiers, c’est la France. Il y a les professionnels, bien sûr, et parmi eux ceux de Paris et de Marseille, militaires, mais ce sont surtout les volontaires, les quatre cinquièmes de l’effectif total, qui donnent à ce service son caractère particulier dans ce pays. Or, les volontaires sont de moins en moins nombreux. Un morceau de tissu national qui s’effiloche ?

C’est un sujet très intéressant, les pompiers. Comme l’a dit François  Hollande en conclusion du discours qu’il  a prononcé, samedi 12 octobre, devant le cent-vingtième congrès de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, à Chambéry, ils apportent au pays « la confiance ». Ils ne sont pas les seuls à le faire ; les médecins et les infirmières des hôpitaux publics sont des gens sur lesquels on compte ; les policiers aussi, finalement, même si on s’en méfie un peu. Mais les pompiers portent secours en tous lieux, « toujours présents par tous les temps », dit leur hymne.

Au départ – attention, scoop ! – il s’agissait de lutter contre les incendies. Les maisons étaient en bois ; si le feu y prenait, on perdait tout. Les voisins venaient aider à la fois par altruisme et pour protéger leurs propres biens. La solidarité face au feu était nécessaire autant que volontaire.

Cette exigence et cette expérience de la solidarité sont toujours à la base de l’engagement des pompiers. C’est évident pour les volontaires, mais c’est vrai aussi pour les professionnels qui, d’ailleurs, sont souvent d’anciens volontaires ayant décidé d’en faire leur métier.

Rite de passage

On devient pompier volontaire, la plupart du temps, à l’âge où, autrefois, on partait au service militaire. Il y a un côté rite de passage, adolescent allant, bon gré, mal gré, vers le monde tel qu’il est et commençant à en prendre sa part. Pour des gamins plus physiques que scolaires, c’est un moyen de grandir par leurs aptitudes sportives, leur intrépidité, leur résistance à la fatigue. C’est une voie d’accès, dans le village ou la ville, à la communauté des adultes. On connaît aussi des exemples de fils de famille faisant leur service civique (pour pouvoir se présenter une seconde fois à Sciences Po Paris, par exemple) chez les pompiers et découvrant des réalités dont ils avaient été protégés jusque-là.

Car si les incendies, du feu de cheminée aux grands sinistres forestiers de l’été, occupent toujours les « soldats du feu », ils n’ont représenté que 7% de leurs 4,2 millions d’interventions en 2011, autant que les accidents de la circulation. Leur activité consiste, aux trois quarts, en « secours à victime » et « aide à la personne », c’est-à-dire en interventions sanitaires pour des accidents et des malaises au travail, sur la voie publique ou à domicile, auxquels s’ajoutent les suicides.

Les pompiers, au nombre de 250 000 toutes catégories confondues, sont une grande famille. Au congrès de Chambéry, pour écouter le président de la République, ils ont sorti leurs uniformes. Dans la grande salle du Phare, on compte beaucoup plus d’hommes que de femmes, qui se sont que 13% de l’effectif total. Dehors, des fanfares se succèdent, en costumes d’aujourd’hui ou anciens. Les fournisseurs de matériels tiennent salon. Des spécialistes des interventions acrobatiques font des démonstrations.

Pas un bobo à l’horizon. Pas de black ni de beur, non plus. Les pompiers, c’est peut-être la France, mais pas toute la France. Les hommes faits ont une petite tendance à l’embonpoint. Les jeunes aiment bien les cheveux ras sur les côtés du crâne, touffus sur le dessus; ils n’ont ni tatouage, ni anneau à l’oreille. Les gradés ont des épouses replètes, à cheveux plutôt courts et lunettes plutôt fines. Les femmes jeunes, gérant leurs enfants ou seulement leur mari, sont en jean sobre, plus rarement en jupes et bottes à talons. On rit, on s’embrasse, on plaisante avec les CRS qui tiennent à distance – à grande distance – des manifestants de la Manif pour tous et d’autres de la CGT.

7 euros de l’heure

Hollande a été interpellé par le colonel Eric Faure, président de la fédération, sur la baisse du nombre de volontaires, qui sont au nombre de 195 000, soit 6 000 de moins qu’en 2007. L’état des finances publiques oblige à fermer des casernes (il en reste quand même 7 300) alors que le nombre des interventions augmente. Celles-ci sont donc de plus en plus éprouvantes. L’indemnisation est faible, de l’ordre de 7 euros de l’heure, et les entreprises supportent plus ou moins bien les absences de salariés engagés dans le volontariat, lesquels, toutefois, sont souvent fonctionnaires.

Le chef de l’Etat se félicite de la signature, la veille, d’un plan d’action pour le volontariat avec les associations des maires et des présidents de conseils généraux. Il annonce des mesures d’encouragement et d’incitation. Le propos se veut rassurant : « aucune contrainte budgétaire ne pourra justifier que l’Etat renonce » à la règle de l’accès aux soins d’urgence en moins de trente minutes ; « la France a sûrement des défis à relever, à l’évidence des efforts à faire », mais elle a « mis en place un modèle (…) précieux, exceptionnel même, (…) que nous comptons préserver et promouvoir ».

L’ancien président du conseil général de Corrèze et maire de Tulle est à l’aise dans ce milieu. Il traverse la salle en serrant les mains, en répondant aux blagues, en distribuant les sourires, collé aux basques par le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, qu’il a remercié deux fois dans son discours. Un congrès des sapeurs-pompiers ne change ni une voix, ni un sondage. Mais c’est reposant.

 

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