Trump au vestiaire

dbz_high_school_by_mihonosaka« Bavardage de vestiaire », c’est ainsi que Donald Trump a qualifié  et tenté d’excuser, lors du deuxième débat l’opposant à Hillary Clinton, dimanche 9 octobre, les propos qu’il tient au sujet des femmes dans une vidéo publiée par le Washington Post. L’expression américaine locker-room talk renvoie au petit monde de l’enseignement secondaire et des éruptions pubertaires.

Dans un éditorial confirmant son soutien à Hillary Clinton, le New York Times décrit ainsi, lundi, le spectacle du débat : « Reniflant et jetant des regards noirs, M. Trump rôdait derrière Mme Clinton, qui se montrait la seule adulte sur la scène, la seule cherchant à persuader la grande majorité des Américains qu’elle partage leurs valeurs et leurs aspirations. » Description fidèle, mots bien choisis.

Car c’est bien à cela qu’on a affaire avec Trump : un adolescent retardé, que la fortune familiale a dispensé de grandir. A partir d’un certain âge, on a le visage que l’on mérite. Le sien correspond à ce qu’il fait et dit. Il a repris à son compte et cultivé jusqu’à la caricature la moue du gamin mal élevé qu’il devait peut-être, dans ses jeunes années, à la malchance d’une naissance privilégiée. Il entretient, sans doute à grands frais, une chevelure moins ébouriffée que celle de Boris Johnson – la droite américaine aime la laque, souvenez-vous de Dallas –, mais affichant le même parti pris d’immaturité.

Cette version télé réalité de la « brute blonde » nietzschéenne prête à sourire, sauf qu’un paquet d’électeurs américains va voter pour elle. Bien sûr, on peut se dire que c’en sera fini dans un mois et que, Clinton élue, Trump retournera à ses affaires, le Parti républicain à ses manigances de couloirs. Mais la psychose qui s’est emparée d’une partie de la société américaine ne disparaîtra pas.

L’ancienne secrétaire d’Etat, devenue présidente, parviendra-t-elle à rassembler son pays ? Sans insulter l’avenir, il est permis d’en douter. Après l’élection de Barack Obama, en 2008, on pouvait imaginer un moment de paix, une réconciliation des Américains ou d’une majorité d’entre eux autour de leurs valeurs communes. L’arrivée d’un Noir à la Maison Blanche était un symbole puissant. Son adversaire républicain, John McCain, avait fait ce qu’il fallait pour que le fossé creusé par la campagne puisse être franchi, à défaut de pouvoir être comblé. Sur quelques sujets importants, ses positions n’étaient pas très éloignées de celles du vainqueur. Obama, de son côté, s’était toujours présenté comme désireux de rechercher des compromis avec les républicains, au Congrès, chaque fois que ce serait souhaitable.

La crise économique appelait un effort commun. Le projet d’assurance maladie pour les 46 millions d’Américains qui n’en avaient aucune paraissait de nature à susciter des bonnes volontés dans l’opposition. La remarquable série documentaire de Norma Percy, toujours visible sur Arte, montre ce qu’il en a été. Le populisme auquel s’est converti le Parti républicain a multiplié les obstacles face au gouvernement démocrate et envenimé les conflits politiques, idéologiques, raciaux et « culturels ».

Certes, les démocrates ont leur responsabilité dans les culture wars qui divisent l’Amérique, depuis des décennies, sur des sujets de société comme l’éducation, l’avortement, le mariage homosexuel, la drogue. Cependant, l’angoisse d’une partie de la population blanche, surtout la plus modeste, devant les effets de la mondialisation, la rend sourde à toute espèce de raisonnement.

C’est cette angoisse que l’énergumène Trump a exploitée cyniquement. Pour l’emporter, il faudrait qu’il soit un vrai homme politique, capable à la fois de mobiliser un électorat furieux et vindicatif, et d’attirer les tièdes, les hésitants, les opportunistes. Heureusement, cet exercice difficile, qui ne s’apprend pas dans les réunions de banquiers ni dans les studios de télévision, est de toute évidence au-delà de ses moyens.

 

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